Je pose à peine la main sur la poignée de la porte que celle-ci s'ouvre en grand, laissant apparaitre un visage rougit par les larmes. Je rentre, jette mes chaussures dans un coin du couloir, ferme la porte et ouvre les bras. Marie se jette dedans et enfouit son visage dans mon cou. "Chut... Calme-toi...Allez...Chut..." Elle sanglote dans mes bras. Son corps est parcouru de tremblements. Je la pousse jusqu'à sa chambre et l'installe délicatement sur le lit. Je caresse doucement ses cheveux de la main droite et attrape son téléphone portable de ma main libre. Je cherche dans sa liste de contacts le dernier appelé. Je me lève d'un bond.
_Marie, qu'est-ce qu'il t'a fait?
Elle me regarde avec de grands yeux effrayés.
_Je t'assure Aurore, ce... ce n'est pas lui...
Je pose mes mains à plat sur le bureau.
_Marie, qu'est-ce qu'il t'a fait?!
Elle tremble, ses propos sont dissimulés par les torrents de larmes qui se déversent sur ses joues.
_QU'EST-CE QU'IL T'A FAIT NOM DE DIEU?!
Je me suis brusquement retournée vers elle. Les jointures de mes poings serrés sont d'une blancheur agressive. Mes mains tremblent. Je sens la rougeur envahir mon visage. Les propos de Marie s'entrechoquent dans la plus totale incohérence. Ses pleurs redoublent d'intensité. Je m'impatiente. Mes nerfs lâchent.
_Marie...
Mon ton se fait menaçant.
_Je...Je... Il a voulu... M-mais j'ai re-refusé, j'ai dit que je n'étais pas prête et... Il a essayé... Je l'ai repoussé.... Il a dit que j'étais insignifiante et q-que t-tout était finit...
Toute trace de sang-froid a disparu chez moi. Son visage ravagé par la peur et la douleur me donne envie de commettre un meurtre.
_Je vais le tuer...
Je prononce ces mots en fixant un point invisible.
_Je vais lui écraser sa face de con.
_A-Aurore...
____Je marche d'un pas rapide dans le couloir, le téléphone de Marie à la main. J'envoie un message. "T'es où? J'ai changé d'avis..." Je laisse planer les sous-entendus. Il est incapable de se douter que quelqu'un d'autre que Marie puisse lui envoyer un message depuis ce téléphone. Le portable vibre aussitôt. "Chez moi" J'enfile mes baskets. Je ne me retourne même pas pour voir mon amie sur le pas de la porte, me regardant sauter au-dessus du portail. "Je reviens" Je lance cette phrase par-dessus mon épaule. Mon esprit la voit hocher la tête. Au bout de dix minutes de marche, je me plante devant une grande maison, à quelques rues seulement du centre-ville. Je regarde dans l'allée. Même observation que chez Marie: pas de parents. Je sonne. Je vois un grand jeune homme brun accourir dans ma direction. Un grand sourire carnassier illumine mon visage. Il croira que c'est un signe de joie. De toute façon, ce mec n'arrive pas à réfléchir plus haut que sa ceinture. Il ouvre le portique en me lançant un regard surpris. "Oh, Aurore c'est toi?" Bah non, tu vois bien que c'est le Père Noël! "J'attendais quelqu'un d'autre..." Crois-moi, tu risques d'attendre longtemps. Ces paroles ne dépassent pas la barrière artificielle de mon sourire. "A moins que...Peut-être que ça va t'intéresser..." C'est sa phrase de trop. Peut-être s'en serait-il sortit sans bobo autrement. Mais là il a plus que dépassé les bornes. Mon poing vient s'enfoncer dans son estomac. Il se plie en deux. Mon genou s'écrase sur son nez dans un craquement écoeurant. Il suffoque et tente de stopper le flot de sang qui s'écoule de son nez brisé à l'aide de son tee-shirt. Je me penche et murmure à son oreille: "Ne t'approche plus jamais d'elle, ne la touche plus, ne la fais plus souffrir. Ne lui adresse même plus la parole..." La menace plane au-dessus de son crâne. Je me redresse et m'éloigne d'un pas sautillant vers la maison de mon amie brune.
____Je pousse la barrière de l'entrée que quelqu'un a eu la prévenance d'ouvrir. J'entre dans la petite maison. Je pénètre dans le salon d'un pas souple et silencieux. Je vois une adolescente allongée sur le canapé et dont la poitrine se soulève au rythme régulier de sa respiration. Je soupire. C'est dangereux de s'endormir la porte ouverte. Je l'entends gémir, comme sujette à un mauvais rêve. J'attrape la télécommande de la télé et m'installe sur le canapé au niveau de sa tête que je dépose délicatement sur un coussin.Je pose ma tête sur mes genoux et fixe l'écran d'un regard vague. Je soupire. Pourtant la journée a bien commencé. Je repense au mystérieux bijou. Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire dans cet arbre? Quelqu'un serait-il grimpé là et l'aurait-il oublié? Un animal l'aurait-il volé? Un mouvement sur ma droite interromp mes réflexions. Une petite ford fait le tour du rond-point dans la rue et s'arrête devant la maison. J'inspecte rapidement la pièce dans laquelle je me trouve. Les mouchoirs. Je m'empresse d'aller les jeter et entre dans la salle de bain pour trouver une lingette démaquillante. J'entends des pas dans l'allée. Je me précipite vers Marie et passe délicatement la lingette sur son visage pour enlever les traces de mascaras sur ses joues. Une clef tourne dans la serrure. Je fourre le papier dans ma poche et m'assois sagement sur le sofa, faisant mine de m'intéresser au film qui est diffusé.
_Coucou Ma... Oh tiens, Aurore! Ca me fait plaisir de te voir!
_Bonjour madame Filips!
J'affiche mon plus beau sourire.
_Oh, Marie s'est endormie?!
_Elle avait l'air fatiguée, c'est pour ça que je n'ai pas osé la réveiller.
La mère de mon amie me sourie. Son mari entre à son tour et me salue avec un large sourire. Il dépose les bagages dans l'entrée et regarde l'heure.
_Cinq heures... Chérie, si tu veux qu'on mange ce soir il faut qu'on se dépêche d'aller faire les courses!
_J'arrive! Aurore, on te confie Marie jusqu'à notre retour! Tu veux manger ici ce soir?
_Merci, c'est gentil mais il me reste des devoirs à faire, je ne vais pas tarder à rentrer.
_D'accord, à bientôt alors!
Je réponds avec mon sourire.
____La porte claque. "C'est bon Marie, arrête de faire semblant de dormir maintenant, je sais que t'es réveillée!" Elle se redresse et me lance un regard apeuré. Je soupire. "C'est bon, y a pas eu de mort non plus, fais pas cette tronche là." Je vois les larmes monter. "Ah non Marie, ça suffit maintenant! Tu vas être complètement déshydratée à force!" Elle ne peut retenir un sanglot et je l'attire à moi. Elle pleure sur mon épaule sauf que cette fois je ne vais pas la laisser tomber pour casser la gueule de l'autre abruti. Nous reston au moins deux bonne minutes comme ça , à attendre que ça passe. Elle finit par se calmer. Je lui chuchote: "T'as vraiment le don pour tomber sur les pov' cons toi." Je la sens sourire contre mon épaule. "Bon allez, à demain la grosse, et pas de bêtises hein!" Elle hoche la tête. Je claque un bisous sonore sur sa joue accompagné d'une étreinte et finit par sortir de la maison en lui disant de fermer sa porte. J'ouvre le portail. Rectification, j'essaye d'ouvrir le portail. Je lève les yeux au ciel et passe souplement par-dessus le portail. Décidément, aujourd'hui...
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